Comment j’aurais pu me faire arnaquer et subir une vente forcée

By Crack-net - 31 octobre 2013 6 Comments




Je vais vous raconter aujourd’hui une anecdote que j’ai vécu pas plus tard que la semaine dernière. 

J’imagine qu’il vous est déjà arrivé de vous faire contacter par un opérateur téléphonique à l’affut d’un pigeon à plumer qui souhaite vous vendre tout et n’importe quoi sous prétexte que vous venez d’emménager, que vous êtes propriétaire, que vous venez de vous marier… Ben oui si vous êtes propriétaire, vous aurez certainement besoin à un moment ou un autre de changer de fenêtre par exemple. Ces sociétés se procurent (achètent) pleins de listes de particuliers à contacter afin de nous proposer biens et services divers et variés au profit de leurs clients.

Bref, c’est justement pour me proposer des fenêtres que l’on m’a contacté,  en m’expliquant justement qu’ils contactaient tous les propriétaires de ma commune  pour leur faire une proposition.

La proposition : Un technicien, qui s’avèrera être un simple commercial (allez technico-commercial), peut passer chez moi afin de procéder à un diagnostique de mes besoins  (le diagnostique ça le fait, surtout pour moi qui suis un peu hypochondriaque), un métrage et établir avec moi un devis que je ne pourrai pas refuser (ben oui c’était le but).

Le contexte : Ça fait un moment qu’on se tâte pour remplacer nos fenêtres, mais ma femme et moi n’y connaissons rien. On est en vacance tous les 2. On souhaite avoir un ordre d’idée des prix en vue d’effectuer cette rénovation à moyen terme (moyen terme ça veut dire pas tout de suite, dans plusieurs mois, voir dans 1 an ou 2 ;-)

Re-bref, j’accepte donc la proposition et rendez-vous est pris (non pas pour dans 1 semaine, ni même quelques jours) pour le lendemain à l’heure qui me convient (une fois le poisson ferré, il ne s’agit pas que des contraintes d’emploi du temps ne viennent contrarier leur plan et surtout il ne faudrait pas que nous prenions trop de temps pour réfléchir et nous renseigner).

Nous raccrochons, je vis ma vie, je dors et j’oublie même complètement ce rendez-vous. Et à 10h tapante (quelle ponctualité), la sonnerie de l’interphone déclenche un flash back et je me remémore ce fichu rendez-vous… Pourquoi fichu? Parce que j’avais encore la tête dans le cul, en pyjama et que j’allais justement prendre mon petit déj (note pour plus tard : Ne jamais prendre de rendez-vous le matin lorsque je suis en vacance!!).

Jean claude convenant
Il est pas beau Jean Claude!? ;-)


Le temps que mon visiteur rentre dans l’immeuble et prenne l’ascenseur, j’ai eu le temps d’enfiler un vêtement décent et de me désébouriffer un chouïa la tignasse (ma femme qui a les cheveux plus long n’a pas eu le temps mais elle s’en foutait un peu… Moi j’arrive pas à recevoir des étrangers en pyjama et la tronche en vrac ;-)

Ding, dong, voici le rapace qui sonne à la porte. Je l’accueille… C’était une fille, jeune, en jean/pull histoire de faire “technico” mais avec une mallette et une sacoche pour bien faire “commerciale”.
Plutôt sympa la nana tant que nous en étions aux salutations et autres politesses d’usages… C’est ensuite que le scénario digne d’un reportage de zone interdite commence.

Etape 1 : Entrée en matière… Les présentations


La dame se présente, présente sa société qui, dit-elle, a pignon sur rue depuis des années, et que pour m’en convaincre je n’avais qu’à aller voir leur site sur internet (ce que je comptais bien faire). Evidemment, sa société est la meilleure, leurs produits sont les meilleurs et s’il existe bien des concurrents, leurs produits sont tellement minables qu’il est inadmissible de pouvoir les trouver sur le marché français. Et argument ultime, pour faire vibrer ma fibre patriotique, leur produit est Français, made in France et à destination des appartements et maisons Françaises… Oui Monsieur, on est bien en France ici ;-)

Cela va de soit, en bonne commerciale,  elle me montre un échantillon du produit… Un coin de fenêtre (oui, c’est de fenêtres double vitrage en PVC que l’on parle ici) coupé histoire que je vois bien que le plastique est bien fait en plastique, que le verre est bien fait de verre et qu’il y a bien un espace entre les 2 vitres. A noter qu’entre les 2 vitre il doit y avoir de l’argon mais ça, impossible de me le montrer ;-)

Jusque là rien d’anormal, je la trouve plutôt professionnelle même.

Etape 2 : Vends tes 2 reins pour te payer tes fenêtres!

 

Passons au métrage… Que dire… Rien de plus qu’une mesure approximative des longueurs et largeurs de mes fenêtres… Bon ok, c’est juste pour avoir une estimation. Repassons à table maintenant pour parler chiffres.

C’est la que le sketch commence!

Quelques calculs… L’addition tombe, et elle est salée : 4 portes fenêtres et 1 fenêtre pour plus de 16 000€… Je tiens à préciser que je n’ai pas pris l’option poignées en or massif pour ce devis estimatif!
Ayant déjà vu, la scène maintes fois à la téloche, je m’attendais à la suite. Je savais qu’une idée allait germer tout à coup dans la tête de mon vendeur pour me faire bénéficier d’une ristourne exceptionnelle, réservée qu’à moi et moi seul, parce que je suis sympa, que ma famille est charmante, que c’est la crise et que les temps sont durs, que nous étions un jour pair…

Etape 3 : Finalement tu peux t’offrir tes fenêtre en troquant 1 seul de tes reins et un morceau de foie…


Bref, je réprime un pouffement mais esquisse tout de même un sourire lorsqu’en effet, devant la mine circonspecte de ma femme, lui vient l’idée géniale de faire passer notre devis “particulier” en devis “professionnel” qui normalement est réservé aux entreprises et dont peuvent bénéficier les salariés de l’entreprise également…  Bref un mic-mac invérifiable que je ne cherche même pas à comprendre vue que je sais où elle veut en venir. Pour bénéficier de la ristourne, évidemment, il fallait qu’elle contacte son boss en me précisant que ça allait être coton et loin d’être gagné d’avance. C’était sans compter sur les dons de persuasion de ma vendeuse qui en 5 minutes nous a renégocié le devis pour passer de plus de 16 000€ à environ 10 000€. Ce qui est bon, c’est qu’elle avait vraiment un interlocuteur dont je percevais la voix émanant de son iPhone 4 (j’ai une super ouïe?). Presque 40% de réduction sans négocier, juste en faisant la tronche à l’annonce du 16000€… 

Sauf qu’à la base on ne voulait rien acheter, mais juste connaitre les prix… Alors l’annonce des 10 000€ restait encore au dessus de ce qui aurait pu déclencher chez nous le reflexe incontrôlé d’achat. On le lui fait savoir…

Etape  4 : Bon ok, juste 1 rein, je vous fait grâce du morceau de foie mais j’opère tout de suite…


Encore une nouvelle idée de génie vient de germer dans le cerveau de la vendeuse. Il lui est possible de faire encore baisser la note si elle saisie elle même les données dans l’ordinateur pour déclencher la fabrication des fenêtres, blablabla, j’ai pas tout compris en fait… Autant son idée d’avant était réaliste mais là elle nous a  vraiment pris pour des niais… Evidemment, elle devait avoir l’aval de son supérieur pour valider sa proposition. Elle le rappelle immédiatement sans nous laisser l’interrompre dans son élan. Ça dure un peu plus longtemps. Elle argumente ostensiblement avec son collègue pour que nous puissions entendre la teneur de l’échange. Ça donne en substance un truc de ce genre :  “c’est vrai que l’offre que je leur propose est en dessous des prix du marché (à bon?) mais il faut considérer cela comme un investissement… Avec le bouche à oreille peut être que d’autres voisins seront intéressés par nos services vue que c’est une grosse copropriété… Un client satisfait peut nous en amener d’autres… blablabla…”
 
Du pur Actor studio ;-)

Toujours est-il qu’après avoir raccroché, la vendeuse avait une excellente nouvelle pour nous! Le devis passe à un peu plus de 7000€ (soit – 56% par rapport au devis initial). Descendre aussi vite et autant d’étage, ça donne le tournis ;-)

Etape 5 : l’ultimatum


- 56%… Ça c’est de la remise…. Elle ne pouvait plus descendre plus bas. C’était à prendre immédiatement  ou à laisser définitivement. Nous avions jusqu’au soir même à 18 h dernier carat pour donner notre accord. 

Pourquoi cet ultimatum? Parce que pour obtenir ce tarif, elle s’était engagée personnellement à effectuer certaines tâches afin de réduire les couts de commande et de production (Quelles tâches? J’avoue que je n’ai pas bien compris ni vraiment cherché à comprendre;-)… Que ça devait se faire le jour même… Pipo pipo pipo pipo…

Nous avions enfin un devis définitif... Plus d’1h30 de sketch… Après les formalités d’usage (au revoir, merci, on vous rappel avant 18h sans faute…), tout le monde a pris congé.

 

Epilogue

1h30 de palabres comme je vous disais assez instructives du point de vue des rapports humains (toujours bon de regarder dans les yeux un entubeurs essayant de vous entuber sans qu’il ne sache que vous le savez ;-) moins de celui de mes fenêtres qui vont devoir encore attendre pour être changées.  

Après vérification le devis final de 7000 boules n’est pas exorbitant et dans la moyenne  même pour les travaux de rénovation à faire chez moi (sur le site de Lapeyre on peut faire un devis en ligne immédiatement et j’obtiens grosso merdo la même chose). Mais alors pourquoi en faire un flan, d’autant que c’est moi qui ait accepté que le commercial vienne chez moi? Simplement parce que j’estime que cette technique de vente en 5 étapes décrite ci-dessus n’est ni plus ni moins qu’un procédé de vente forcée ou tout du moins cela peut facilement dégénérer en abus de faiblesse... Imaginez le même scénario avec des personnes âgées un peu crédules… 

Bref je ne vais pas m’étendre mais vous aurez compris là où je veux en venir.

Maintenant, je donne la parole à mon coté Geek


Dans mon récit, je vous rapporte notamment que la commerciale a insisté sur la bonne réputation de sa société et m’a même invitée à aller consulter leur site internet pour vérifier la légitimité de leur affaire… Comme si la simple existence d’un site web pour une entreprise suffisait à la rendre crédible.. Hum hum…

Qu’à cela ne tienne, j’ai regardé le site web en question et là, que vois-je? Un site tout beau, tout neuf… Trop neuf pour une société soi-disant si ancienne. Le Page Rank de 0 me saute tout de suite aux yeux. (En bon blogueur j’ai une extension qui m’affiche le PR des pages que je consulte). Quelque chose me dit que ce site web est vraiment tout neuf ;-) Ça pue! Peut être que jusque là la boite n’avait pas de site web et ils ne se sont rendu compte qu’en 2013 de l’intérêt de la chose… Mouais.

Je fais des recherches sur internet pour avoir des avis sur la société… Rien! Google me renvoie juste vers le site de la boite. Pas possible!? Tapez n’importe quel nom de poseur de fenêtre (qu’il ait un site web ou non) suivi du mot “avis” et vous aurez dans les résultats de recherche une ribambelle de forums pleins de témoignages de contents et de mécontents… Surtout des mécontents car les contents ne s’expriment que rarement… Mais là presque rien! 

Et si je faisais un “WHOIS” pour avoir plus d’informations sur le propriétaire du site (avant, s’il le faut, de faire des recherche sur la société elle même via le numéro de SIRET). Inutile donc de faire une recherche via le SIRET, le WHOIS me donne tout ce que je veux savoir. En effet, j’y apprends que le nom de domaine du site appartient à une société dont le nom est différent de celui que m’a donné le commercial. Un petit tour sur Google, je rentre ce nom suivi de  “avis”, et là évidement je trouve ce que je cherchais. Plein de témoignages rapportant l’exact récit de ce que je vous ai raconté plus haut dont un évoquant notamment le fait que la société en question sévissait ainsi depuis des années en changeant régulièrement de nom histoire de se défaire de la mauvaise réputation qu’ils se font sur internet avec leur technique de vente. je découvre par ailleurs plein de plaintes sur le SAV incompétent voir inexistant, le matériel vendu de mauvaise qualité ou mal posé…

 

Conclusion


Vous l’aurez compris, j’irai voir ailleurs. Même si le prix proposé avait été inférieur aux prix du marché j’aurai été voir ailleurs ne serait-ce que pour la tentative de me prendre pour un con ;-)
Dans ce genre de situation, un seul conseil à vous donner : ne jamais rien signer sous la contrainte sans un délai raisonnable de réflexion pour ne pas se faire pigeonner par le premier Jean Claude Convenant venu ;-) 

J’ajouterai tout de même que bien souvent, une remise trop facilement consentie, une négociation remportée sans forcer,  ça pue souvent l’arnaque… Je vous raconterai peut être un jour comment j’ai failli acheter une voiture volée sur le bon coin ;-)

En tout cas, je me suis autant amusé à rédiger ce billet qu’à écouter ma bonimenteuse et j’espère que vous vous serez amusé à me lire ;-)

6 commentaires to ''Comment j’aurais pu me faire arnaquer et subir une vente forcée"

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  1. Rien de bien folichon, tu viens de découvrir une technique de vente comme une autre. Rien de
    plus normal, il y a aucune arnaque.

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    1. Mon cher ano, je ne l'ai pas découverte, je la connaissais déjà... Je l'ai vécu, c'est la raison pour laquelle j'en parle.
      Mais tu as raison rien de bien folichon :-#

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    2. Bon rappel, Ce qui me fascine c'est franchement le vendeur, qui n'a pas de scrupule. C'est limite psychopathe léger!

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    3. C'est justement ça qui est fascinant... Le fait de faire abstraction des principes moraux inculqués par l'éducation judéo-christiano-islamo-athéo-agnostico- ...-télévisuelle que ces commerciaux ont forcément reçu pour gagner encore et toujours plus...

      Même si légalement ces techniques de vente sont difficilement répréhensibles (pas spécialiste en droit donc je m'avance peut être un peu) elles sont moralement plus que discutables!

      Le sketch des échanges téléphoniques entre la commerciale et son responsable m'a bien amusé et je salue la mécanique bien huilée de leur scénario... (h)
      Pour ça et le fait que ça m'a inspiré cet article je leur dit merci ;-)

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  2. Sans oublier que tout ce qui touche aux fenêtre/vérandas, etc... rencontre son lot de filous.

    Je me rappel d'un qui passait sont temps à fermer son entreprise, en ouvrir une autre, racheter le matériel de l'ancienne...
    En mettant de côté à chaque fois tous les particuliers qui avaient eut la bêtise de signer...
    (pour faire vrai, le maçon venait, déposer 2/3 sacs, un peu de matériel, puis disparaissait, le temps que les particuliers comprennent qu'il ne reviendrait plus, la société avait "coulé" ! )

    Donc, si c'est vrai dans beaucoup de circonstances, le domaine des fenêtres est un de ceux où le démarchage par téléphone est le plus douteux.

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